NUAGES
in LES CHOSES DU MONDE (trad. Chiara De Luca e Patrice Dyerval Angelini-Bernard Simeone-Lorand Gaspar, L’Arbre à Paroles, 2007)
ISBN 978-2-87406-358-9
2-87406-358-4
www.maisondelapoesie.com
*
Ciel à rayures
lanières effilochées
de plus en plus gonflées
en course, prêtes
glissées hors du sac
qui lèche l'horizon.
Ciel d'or et de flammes
contre l'obscurité
de la nuit qui avance
découd des boutonnières, légère,
et se soustrait au drame
sur le sentier de la lumière.
*
L'ours, la croix, les corps
des amants: combien
en a-t-il créés le voile.
Miroir rapide
ruban de nuages
filantes.
Ciel émacié et blême
mordu par l'aurore
replié en avant.
*
D'escaliers de voûtes de ton
dans le son dans le cône de lumière
il s'arrête se rend à son vol
détaché tiré libéré
de plume de feuille
de flèche d'éclair de feu
*
Un troupeau de moutons,
avance dans le ciel, lentement,
vers l'éclat ardent
glisse l'écume, se
dissout plume après plume.
Aucun berger ne le conduit
personne ne le dirige, mais toujours
plus ébréché, le troupeau
descend, il glisse,
vers le fond, là-bas en précipitant
parmi les braises du soleil couchant
*
Comme entassé ramassé en soi même
et inanimé, c'est un entassement en plies
de linge blanc
à bande à rouleau à serpentin
contre le fond de l'armoire
poussé et vaincu, débordant
sur l'horizon argenté
comme endimanché
et préservé intact pendant le trajet
immobile renfermé dans le cellophane
contracté,
dépouille substract palafitte
de formules et figures vaines
de manières rejouées, de gymkhanas,
enveloppe vide
rugueux ballon dégonflé
enduit croulé manteau
sans déchets désossé,
satisfait et heureux de soi-même, qui
mais il s'élève au vent
il halète, se gonfle s'enroule
monstre griffon cerf volant
drap quille de fantôme
lait pâle perlé
blanc de lumière,
dans une cire molle corps
pris libéré.
*
Bout lèvre ourlet
vague qui vient
vague qui va
se tend s'amincit
la déchirure se referme
la feuille s'embrouille
ciel pourri marais
pétrole vert-de-gris
ciel de bouteille
*
Dos de nuages
blême rebond
du sillage lunaire
qui, à chaque assaut,
paraissent vider leurs
grottes pleines de pensée.
Ciel noir comme l'ébène
bleu nuit de cobalt
ciel du mystère.
*
Du bord effrangé
de nuages laissées à tremper
je me penche, je m'allonge
le cou sur le ciel
beurré, suprême et
présent. Je m'aperçoit
qui le néant glisse
à la surface de l'air.
*
Voilà, elles sont arrivées
sur le beau bleu foncé
têtes de pont
de l'Ouest
occupent lentement
plus de près
le sommet du ciel
et, contrastées par des vents
défavorables, elles s'arrêtent
déjà en avançant
et à cause des courants
se chevauchent
mutuellement,
en melangeant leurs crêtes
découpées
une montagne qui heurte une autre montagne
le déchire et réduit
en s'éboulant sur son côté
en fondant et en se regonflant
en se transformant en lumière
du noir au violet
au blanc.
*
Fil de nuages
remontées du fond à la surface
dans les yeux du monde.
Ciel réduit en miettes
ciel à déchirures et coutures
violet rose.
Laisse que je le touche
avant qu'il s'enfuie
avec mes peurs.
*
Ciel de cobalt et gris
rayé sur la surface
ciel à chiffons
sifflement souffle bruit sourd
lent ténu éteint
pendule lame nageoire
qui file en zigzaguant
gémit se desquame et en même temps
bouleverse son état.
*
Nuages et vagues
entrelacées et délivrées
parmi les frondes du jour,
du sommet noir
franchies là-bas
du haut des bords
des voûtes du ciel
entraînées en troupe
et impliquées en haut, pétries
accueillies dans l'étreinte
du soir.
*
La rive d'une mer
infinie, d'un côté
à l'autre, tendue
vers la marge extrême
défendue par une voile à l'orient.
Je le regarde ébloui, je le
pèse, je le tente de ma rame.
Elle me laisse égaré.
*
Crêtes de beurre
élévées par le voile
qui fond comme
la fleuve au dégel
et qui trompe, dans la course,
sur le chemin l'oeil
plongé en sommets de
forêts, de près,
faites qui poussent d'en haut
têtes et roues
du moulin.
Ciel crème et bleu clair
bleu ciel lapis turquin
bleu clair crème lait.
*
Lambeaux de nuages
lentes en allant
en venant, restées
suspendues aux branches du
chêne, comme des essaims
d'oiseaux posés
immobiles et déjà envolés,
vastes rideaux mobiles
châles qui viennent
d'être relevés du fond
pour qu'ils recouvrent
et rhabillent les lumières
allumées et éteintes
sur la scène du monde.
*
Sous la forme d'une corne,
déployées, elles heurtent
contre la tête
de pourpre et d'or
dans l'incendie du jour.
Elles impriment leurs pas
avant la nuit,
les nuages en fête,
descendues en choeur
et cuites au four.
(Traduit par Chiara De Luca)
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