Biografie:

Paolo Ruffilli, né en 1949, a publié les recueils suivants: Le chêne aux pies (1972), Quatre quartiers de lune (1974), Nouvelles des Hespérides (1976), Produits remarquables (Mondadori, 1980), Petit déjeuner (Garzanti, 1987, American Poetry Prize), Journal de Normandie (Amadeus, 1990, Poèmes traduits par Patrice Dyerval Angelini), Chambre noire (Garzanti, 1992, L'Amourier éditions 2004), La joie et le deuil (Marsilio, 2001, Prix Européen); et les romans Vita amori e meraviglie del signor Carlo Goldoni (Camunia, 1993), Preparativi per la partenza (Marsilio, 2003).Ont été édités par ses soins les Oeuvres morales de Leopardi, la traduction par Foscolo du Voyage sentimental de Sterne, Les confessions d'un Italien de Nievo et un choix d'ècrivains garibaldiens.Il est critique littéraire au quotidien bolonais "Il Resto del Carlino" et collaborateur au quotidiens "la Repubblica", "La Stampa", "il Giornale".






Blanchot nuos a appris que l'espace de l'écriture est un espace de mort. Et Ruffilli peut être considéré comme le cas unique et singulier de la façon qu'a lettre poétique d'être toujours la lettre qui transperce, après avoir, été, le temps d'un instant plus ou moins prolongé, la lettre qui éclaire. Dans le rapport que sa poésie crée avec les photos, qui en sont le point de départ, mais aussi, de quelque manière, le point d'arrivée. Dans une intemporalité perplexe et hallucinée qui est celle de la Photographie, dont l'évidence n'est pas là pour perpétuer la nostalgie-plaisir, mais pour sceller l'amour-most qui s'y est imprimé. De la série d'épigraphes de cet "album de famille" s'égrène un propos qui, sans être évasif, veut raconter une historie en en récupérant les fragments réduits en cendres, pour les fixer d'un regard lucide et d'une mémorie d'autant plus sereine que possible. Ayant recours à un "alphabet morse" de quantités minimes origianl aussi qu'incomparable, d'où jaillit une musique contractée, rude, verticalement aiguë jusqu'à la limite même de l'audibilité. Opération critique, non pas rite d'exorciste. Ruffilli la réalise grâce à sa générosité certaine et à l'admirable souplesse de son style, à la fois "chroniqueur" posthume et témoin involontaire, affectueux et amer, qui se sert de la littérature, de la poésie, pour ne dire que le nécessaire. Il est rare de remarquer des effets si inquiétants dans un contexte apparemment décontracté à l'air aussi léger. Cette poésie a la force de ce qui sait angoisser le lecteur, tout en le charmant. Et le poète montre bien, indirectement, par de petites écailles jaunies, l'"intérieur" bourgeois: les manies, les vides, les cruautés, une certaine folie flottant par-delà toute dignité et toute discrétion. Cela en vertu de la loi de l'antiphrase, qui rend le style d'autant plus affable qu'il est le plus impitoyable. Et on ne saurait pas du tout contredire l'auteur sur la nature tragique (pourtant indicible et prononçable rien que de brèvres formules volatiles) de l'existence.
Roland Barthes

"La zone du concret, de ce qui est aussitôt identifiable" constitue, selon Giovanni Giudici, le territorie où Paolo Ruffilli procède à ses notations sceptiques, entre le pragmatisme d'une parole souvent infléchie ou voilée, et le désir têtu d'un récit dans le poème, d'une durée conquise à travers la juxtaposition apparemment chaotique d'instants paradoxaux, d'occasions manquées, de non-sens. Une forme, celle de la canzonetta médiévale, transparaît sous les longs poèmes de Ruffilli comme, chez Caproni, dans la Semence des larmes: "pauvreté raffinée" et "musique qui se rétracte" sont, d'après Giovanni Raboni, des vertus communes aux deux poètes. L'intervention fragmentée de diverses voix, le rythme impératif des vers brefs, le collage de brides devenues lieux communs, sentences creuses, incitations vagues, proviennent d'une réalité prosaïque et tendent vers un terme sans qualités: forme boiteuse ou totale déperdition. Mais par-dessus tout compte l'espace du dehors, qui met la langue au défi de le nommer ou de le dissoudre, par la désignation des choses qui en réalité les effece: devinant qu'affronter l'essentiel serait risquer le mutisme, Ruffilli met bout à bout des simulacres de la mémoire, des fragments recomposés qui, soustraits au réel où ils furent dits (rencontres, dialogues...), tressent le fil ininterrompu d'autres histories, d'autres enchaînements d'images et de gestes, d'une autre forêt des noms.

Dans Camera oscura (Chambre obscure), publié en 1992, Ruffilli parcourt un album de famille, l'acuité même de son regard le préservant de la nostalgie. Quels faits, dans sa plus proche généalogie, que celle de la mémoire, appellerait une image fixe, définitive, non le miroitement du souvenir. Mais cette image demeure interdite et ce sont des mots qui se présentent, où l'on se perd. Où les faits se fossilisent, inatteignables mais exempts de douleur.
Yves Bonnefoy


  Paolo Ruffilli Mail: paolo.ruffilli@tin.it